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Profession : Chasseur de Sons

Le dimanche 4 novembre 2007 par Fluor, Soph.


Textes & Crédits : ( GoTriad )
Article disparu by Joe Scotte

Pour en savoir plus sur Doug Quin et ses projets, visitez les sites dqmedia et antatica2000.

Douglas Quin n’avait jamais vraiment cherché à travailler avec Werne Herzog, réalisateur de renommée mondiale. Pourtant, lorsque l’occasion s’est présentée à lui, ce professionnel du son était trop fan pour dire non.

Parcourant plus de treize mille kilomètres, Quin a traversé des étendues glaciaires désolées, des jungles et des déserts, dans sa quête pour enregistrer les musiques et les rythmes vivants du monde entier. Il a été menacé par des lions, des hippopotames, chassé par des éléphants et des boeufs musqués, attaqué par des mouches du désert et des fourmis géantes.

Mais ne vous imaginez pas Quin comme chasseur de crocodile avec un micro.

“J’aime trop ce que je fais pour me mettre en danger, je n’appâte pas les animaux et je ne me balance pas au-dessus des crocodiles”.

Quin se détend dans un studioa aménagé dans la cave de sa maison tout près de Greensboro. Il y est à l’aise en sandales, jean et t-shirt. Bien qu’il trouve et enregistre ses échantillons sonores en sillonant la planète, il transforme son matériau brut en musique et en paysages sonores dans son studio high-tech.

Ses production passent parfois à la radio et sont utilisées par de nombreux musées en Europe et aux Etats-Unis. L’anné prochaine, le public pourra découvrir ses enregistrements les plus récents lors de la diffusion par Discovery Channel du dernier documentaire de Werne Herzog, Encounters at the End of the World (”Rencontres au bout du monde”).

Encounters at the End of the World plonge dans la vie de chercheurs qui se sont installés sur le rude territoire de l’Antarctique. Herzog, dont les dernières oeuvres incluent Grizzly Man et Rescue Dawn, a non seulement utilisé les enregistrements audio que Quin a collectés en Antarctique depuis 1996, mais il l’a aussi engagé comme conseiller pour organiser le travail aux températures extrêmes qui règnent dans la région.

“Nous avons travaillé dans un entrepôt réfrigéré dans le centre-ville de Los Angeles. Il faisait environ moins trente”, explique Quin. “J’ai fait la liste de ce que nous devions prendre, j’ai rassemblé toutes les pièces d’équipement et je les ai empaquetées, pour que Herzog ait tout ce dont il aurait besoin.”

“Ensuite, nous avons fait des simulations avec différents scénarios, parce qu’il y a des pièges à éviter. Quand il fait aussi froid, il faut être vraiment prudent, avec l’équipement aussi bien qu’avec vous-même.

Pendant l’entraînement, Quin donnait de nombreux conseils à Herzog, par exemple quel type de gants porter pour être capable de tourner les boutons sur son équipement audio sans exposer ses mains au froid glacial.

“En fait, il est très drôle” confie Quin, en parlant du réalisateur. “Je crois qu’en public, il montre un personnalité austère, une sorte de personnage germanique stoïque, mais en réalité il a un sens de l’humour fabuleux. Il est très intelligent et vigilant dans tout ce qu’il fait.

C’est la vigilance de Herzog qui a permis au travail de Quin de devenir un des grands intérêts de Encounters at the End of the World. Pendant une expédition, Quin avait enregistré des cris nuptiaux de phoques à travers plus de 2 mètres de glace. Les cliquetis et les gémissements psychédéliques des cris des phoques donnaient presque l’expression d’être électroniques. Mais au lieu de filmer les phoques sous l’eau, Herzog a choisi de filmer des chercheurs qui écoutaient les phoques depuis le dessus de la banquise. En mettant les enregistrements audio au premier plan pour le spectateur, c’est comme si le réalisateur permettait à Quin de faire une révérence.

“Certains de ces cris sont à 180 décibels. En termes de volumes ils sont vraiment assourdissants et on les entend à travers un ou deux mètres de glace.” dit Quin. “On peut vraiment sentir les vibrations à travers ses pieds quand on marche.”

“Ce sont des créatures remarquables”.

Né à Fayetteville en 1956, Quin a eu une éducation militaire qui l’a préparé à une vie de voyages et d’aventures. En raison du travail de son père, il a dû déménager dans plusieurs villes autour du globe lorsqu’il était encore enfant.

Son intérêt pour la nature et les enregistrements sonores fut suscité pendant l’adolescence par son admiration pour la défenseuse de l’environnement Jane Goodall et le musicien John Cage, pionnier de la musique électronique. En combinant ces deux centres d’intérêts, Quin suivit des études qui le menèrent à un doctorat d’écologie acoustique au Union Institute de Cincinnati en 1999. Depuis, Quin est devenu un artiste aux multiples facettes.

“Parmi tous les projets sur lesquels je travaille actuellement, je préfère ceux qui ont une dimension environnementale significative, non seulement du point de vue de la sensibilisation, mais aussi dans la mesure où cela permet d’attirer des gens vers les aspects sensoriels, qui consistent à simplement écouter les merveilleux sons qui nous entourent, et à côté desquels nos petites vies occupées nous font passer sans les remarquer.”

Au cours de sa carrière, Quin a enregistré au total plus de deux mille heures de cris d’animaux. Il se décrit lui-même comme un chasseur, à ceci près que les êtres vivants qu’il capture avec son microphone ne sont jamais tués. Et, d’une certaine manière, ils reçoivent même l’opportunité de vivre pour toujours.

“Ce n’est pas la même chose que d’écouter une conversation avec un autre être humain. Lorsqu’on se met en état d’écoute, on a une sensation viscérale d’être vivant en étant connecté à ce qui nous entoure.”

D’un point de vue professionnel, 2007 est une année bien remplie pour Quin. En plus de son travail pour Encounters at the End of the World, il est chargé de produire des sons pour Spore, le dernier jeu vidéo de Will Wright, créateur de The Sims. Quin a créé ce qu’il appelle des “ambiances planétaires” pour ce jeu novateur, qui suit l’évolution de toute une civilization depuis le stade unicellulaire. Quin a échantillonné divers animaux et lieux de sa collection personnelle et les a combinés pour créer les paysages sonores de mondes extraterrestres.

Quin n’est pas vraiment un joueur lui-même, mais il affirme que cette opportunité de travailler sur Spore lui inspire de grands espoirs pour ce média qui reste encore relativement jeune.

“Ce jeu sera une expérience incroyable, car il amène le jeu vidéo à un nouveau stade de l’intelligence artificielle”, dit-il.

Quin a aussi créé les installations sonores pour le Martin Luther King Jr. National Historic Site à Atlanta, et le nouveau Holocaust and Human Rights Center of Maine à Augusta. Ces installations requièrent une correspondance appropriée entre les sons et les photographies des expositions.

Pour le projet sur l’Holocauste, Quin et sa femme Peggy ont passé un moins en Pologne pour rencontrer des survivants et enregistrer des bruits industriels de divers sites, y compris Auschwitz.

“C’était très puissant,” dit Quin. “Nous avons travaillé avec le personnel du musée à Auschwitz. Nous avons réussi à passer trois jours là-bas. On nous a laissé accéder aux fours, aux crématoriums et aux salles d’interrogation de la Gestapo.”

“Les murs ont des souvenirs.”

Pendant leurs recherches documentaires sur l’Holocauste en Pologne, Quin et sa femme ont également pisté des loups dans les Carpates. Comme elle est en bonne forme physique, Quin affirme qu’elle serait capable de relever le défi d’une aventure d’un mois, mais à présent elle voudrait que leur prochain voyage de vacances soit un peu plus relaxant.

A présent, Quin s’intéresse à l’ex-URSS, un endroit où il a toujours voulu aller depuis l’université. Les lois de la Russie sur l’immigration ont longtemps rendu les choses difficiles, mais à présent que la politique se détent, Quin avoue qu’il serait enchanté de pouvoir explorer le lac Baïkal ou la Sibérie - sans intention de rencontrer un animal en particulier, mais pour voir ce qu’il rencontre.

“Avec toutes ces recherches et toutes les informations collectées, on est toujours sûr d’avoir une surprise”.



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